#  3 Points [ CRITIQUES ] Au Sujet De : L’intelligence Émotionnelle
02 Jui

# 3 Points [ CRITIQUES ] Au Sujet De : L’intelligence Émotionnelle

 

« Intelligence émotionnelle », une si bonne intention, une récupération par le monde de l’entreprise et du management, un marqueur de fort changement social : l’envers du décor.

 

Le but reste de maintenir les lecteurs motivés pour se favoriser une santé émotionnelle.

 

 

Plan :

# 1 : Les ancêtres de l’intelligence émotionnelle, il y a les classiques !

# 2 : Trop intellectuel, analytique, technique, mécanique !

# 3 : Les émotions sont aussi le fruit du type d’interactions sociales

# Idées / Pistes

 

 

# 1 : Les ancêtres de l’intelligence émotionnelle, il y a les classiques !

 

Depuis les années 90, quand je commençais ma vie d’adulte, moi et ma génération avions déjà tous reçu cette injonction qui a fait et fait encore autorité :

« il faut savoir gérer ses émotions ».

Le mot gestion = mathématique et mécanique, engrenage mecanique

et le mot émotion = quelque chose de plus chimique et fluide.coeur

 images facettes émotionnelles

Déjà, je n’ai jamais vraiment compris le procédé, à part qu’il fallait se débrouiller comme on pouvait pour ne pas se laisser déborder par ses impulsions émotionnelles, et à vrai dire ceux qui le disaient n’expliquaient pas EXACTEMENT comment on faisait pour GERER ses EMOTIONS. C’était incantatoire, et ça l’est toujours. Cela dit le sujet est trop important et il mérite bien toutes les tentatives de le cerner.

Faisons le point sur ce qui a déjà pu être fait avant que cette nouvelle version à la mode « Intelligence émotionnelle » n’arrive :

 

 

 

Déjà dans l’antiquité avec les Stoïciens :

 

  • Epictète (( dont la spiritualité est plus lumineuse que les préceptes eux-mêmes )) et son Manuel.
  • Sénèque (( dont la plume est je trouve plus belle que l’idée elle-même )), et ses Lettres à Lucilius.
  • Marc Aurèle (( dont la sagesse presque chrétienne avant-l’heure est touchante de bienveillance quasiment naïve )), et ses Pensées.
  • Et quelques autres encore…

Bustes des philosophes Stoïciens Zénon de Cition Épictète Sénèque Marc Aurèle astuce

Ils avaient dès-lors apporté toute la matière à gérer les émotions, dont « l’intelligence émotionnelle » actuelle n’est qu’un certain dérivé.

Depuis plus de 2000 ans, tout ce concept de « nous ne souffrons pas des phénomènes mais de la représentation que l’on se fait des phénomènes », tout comme le fait de « se limiter à ce sur quoi l’on peut agir et non pas à ce sur quoi on a aucune prise afin de limiter les emportements non nécessaires » provient de ces grands mouvements de pensée antique.

En termes de philosophie antique qui se rapprochent de la gestion de la vie intérieure de l’homme, on peut même ajouter :

Epicure et son école-philosophique-au-Jardin, qui cherchait à ne plus souffrir en évitant le trop de peines autant que le trop de plaisirs.

Aristote par son Ethique à Nicomaque, et sa recherche du juste milieu, de la tempérance dans le caractère et les actions d’une personne, cela peut aussi tout à fait s’inscrire dans cette recherche d’une stabilité émotionnelle par la tempérance incluse dans le cadre plus global de la personnalité de quelqu’un.

aristote-marche-avec ses disciples

Toute cette antique sagesse est largement reprise par la littérature moderne sur les émotions. Même si tout demande une actualisation, les préceptes fondamentaux provenant de cette antiquité ne sont pas détrônés.

Plus récemment dans l’Histoire, vers la Renaissance : la grande question qui a opposé la passion et la raison, les passions de l’âme de Descartes, la physiologie des instincts de Nietzsche, qui ont fortement à voir avec les émotions.

 

Sortons des références antiques, et donnons quelques exemples de gestion des émotions, du passé jusqu’au présent :

 

  • Les chants et cris guerriers pour dépasser l’angoisse et se galvaniser d’émotion de courage collectif.
  • La méditation, comme la prière qui est une forme de méditation, et qui sert aussi à reposer l’esprit des pensées turbulentes, des préoccupations quotidiennes souvent à l’origine de l’escalade des émotions.
  • Les occupations comme le tricotage, les divertissements, les écrans, les jeux de société pour échapper à l’ennui qui engendre souvent de la déprime.
  • Aller faire du sport, taper dans un sac, pour évacuer les mauvaises énergies, c’est à dire les émotions négatives accumulées.
  • Les rituels religieux, folkloriques, étaient des moments catalytiques d’expression de l’émotion collective comme individuelle. De nos jours le rituel collectif se fait selon les aléas des drames de l’actualité, ou des concerts et spectacles toujours liés aux médias, la communion est plus virtualisée et bien moins organique…
  • Un militaire américain disait dans une interview comment les soldats arrivaient à garder leur sang-froid en situation de violence et de combat, très simple : durant des années et chaque jour ils sont soumis à de rudes épreuves et mises en situation réelle de combat, de difficulté physique, de sport de combat, de tir, encore et encore et encore jusqu’à ce que la situation de combat soit un état naturel = a.k.a émotion de la peur dépassée, l’habitude d’y être exposé en composant avec, ce qui permet d’agir sans le trouble de la peur qui faire agir de façon fâcheuse.

chant guerrier rugby

 

  • Dans la même veine, les nouvelles recrues dans un milieu professionnel sont plus émotives et stressées que les anciens. Les vieux ours eux ont l’expérience des situations multiples et répétées dans un environnement connu, cela ne fait pas disparaître les émotions mais elles deviennent canalisées dans les bonnes postures et actions.
  • Déconseillé mais malheureusement trop pratiqué, la fuite des émotions ou la célébration d’émotions par les drogues ; dont l’alcool, le tabac, et l’alimentation boulimique.
  • Ecrire, mettre des mots sur des émotions, une façon de se sentir les maîtriser.

Il y en a encore tant d’autres d'exemples...

C’est-à-dire que « l’intelligence émotionnelle » est une tentative de plus à cette liste, et non pas la réinvention de l’eau chaude. Donc attention à ne pas négliger les bonnes vieilles gestions émotionnelles qui marchent encore.

 

# 2 : Trop intellectuel, analytique, technique, mécanique !

 

D’abord, à l’origine de cette nouvelle approche de la gestion des émotions il y a le célèbre Daniel Goleman. Il a conditionné les principaux axes de cette approche.

On se rend compte qu’il parle de Q.E :

Q.E = Quotient Emotionnel, qui est bien sûr mis en rapport avec le Q.I : Quotient Intellectuel. Cela montre qu’il pousse la vie émotionnelle vers un aspect technique, presque quantifiable de quelque chose d’aussi vivant que les émotions, on sent la mécanique arriver à grands pas.

Une gestion un peu trop technique pour un coeur :

Comme si un humain pouvait se gérer comme on gère des bocaux d’émotions dans son placard, où les placer, les étiqueter, quoi et comment les utiliser ! ou comme si on observait ses émotions sur un écran, avec graphique et tableau excel pour traiter l’info !

 

auto surveillance

 

Auto-analyse continuelle et réalité de l'environnement humain :

Cette approche se confirme avec un terme qu’il utilise souvent : « self awareness », prise de conscience de soi. C’est-à-dire d’être alerte et d’observer intellectuellement ses propres émotions, et celle des autres, dans un but évidemment de sirupeuse « paix sociale » qui nie la fatalité conflictuelle de la vie sociale, en feignant de la prendre en compte.

Alors bien entendu, le but est d’arriver à générer des situations positives, et dépasser les situations négatives, mais répondre positivement dans certaines situations est simplement inutile, niais, voire contreproductif, si en face les concurrents ont décidé que de toutes manières c’était la concurrence ils feront tout pour répondre négativement ! quel que soit le degré de contorsion positive.

Le conflit au travail ou dans les autres groupes sociaux est plus une affaire de management par des leaders éclairés, et de la dynamique de groupes, que le fait de trifouiller sa tête et son cœur pour essayer de coller les morceaux d’un chaos ambiant.

Trop de Psy tue le Psy :

Ce « awareness » permanent me semble être comme une sorte d’autopsychanalyse intellectuelle permanente dans la vie active et un tue-l’action, une introspection psychanalytique de tous les instants en mode gestionnaire ! et ce côté introspection fréquente, intellectualisation de sa vie intérieure à tous moments, va à l’encontre de tout ce que j’ai pu lire de censé ailleurs, et surtout de ce que j’ai pu observer et connaître par l’expérience. Un psychiatre que j’ai dû consulter un jour pour grosse raison émotionnelle, quand je lui demandais pourquoi on n’irait pas vers une introspection poussée, m’a répondu que l’introspection, l’autoanalyse approfondie pouvait rendre l’état actuel bien plus délétère, contreproductif. Au contraire, il m’a conseillé d’aller vers un but, de fixer des objectifs atteignables, de regarder vers l’avant et d’aller de l’avant, car les émotions négatives peuvent se réguler d’elles-mêmes une fois qu’on est actif dans une bonne dynamique.

Les profiles de ceux qui y arrivent autrement :

tibo inshape

La plupart des personnes que j’ai vues arriver à garder une solide stabilité dans les interactions et manœuvrer, sont les personnes qui agissent et réfléchissent plus à dessein, et qui sont claires avec ce qu’elles veulent et où elles veulent aller, sans passer leur temps à s’observer et contempler les autres, et qui font en sorte de s’entourer des bonnes personnes quitte à assumer le conflit avec certains, et non pas des personnes qui s’observent pendant le temps d’action, qui subissent les personnes hostiles en se trouvant des biais humanistes de subir des situations !

Ou alors ce sont des personnes qui feignent d'avoir de l'empathie mais en étant observateur on se rend compte qu'ils écrasent les autres, sont des rouleaux compresseurs qui étouffent toute parole ou émotion des autres, tout en faisant croire qu'il ou elle les prend en compte, par exemple en donnant la parole aux autres dans les 5 dernières minutes, quand c'est l'heure de clôturer ! donc une fois de plus l'empathie réelle avec l'altérité est plus un voeux pieux qu'autre chose.

Je ne suis même pas sûr qu’une vie à s’observer dans ses moindres émotions soit vivable, et opératoire. Mais je vais plus loin et apporte une autre clé des mouvements émotionnels bien souvent niée :

Le type de vie sociale.

 

# 3 : Les émotions sont aussi le fruit du type d’interactions sociales

 

Les médecins, ou les psychiatres, lorsqu’ils pressentent un problème psy, demandent toujours : comment ça se passe avec votre femme, ou votre homme si vous êtes en couple ? avez-vous des amis ? Ça se passe comment au travail ?

Ceci est un premier indicateur reconnu du lien entre état moral, émotionnel, et cercles spécifiques de rapports humains.

 

Mode de l'intelligence émotionnelle / pas un hasard :

Je ne crois pas aux coups d’éclats spectaculaires sortis de nulle part, comme un lapin sorti du chapeau du magicien. « L’intelligence émotionnelle », comme tout sujet qui devient vite accaparé par un grand nombre de personnes, correspond toujours à un problème, une réponse à un problème. Bonne ou mauvaise réponse, mais une réponse à un problème bien réel. Problème économique, social, physique, sexuel, existentiel, ou les 5.

Disséquons les mots : "intelligence émotionnelle" :

Si je reprends les termes intelligence et émotionnelle, quel est le contraire ? la stupidité émotionnelle ? Non, au lieu de stupidité trouvons à quoi sert l’intelligence : à comprendre des éléments extérieurs ou intérieurs et d’arriver à trouver des actions, réponses, les plus bénéfiques, judicieuses à partir de ces éléments. C’est alors plutôt une incompréhension de nos états émotifs intérieurs et de ceux qui nous entourent, et donc une difficulté à agir judicieusement en fonction de ces états intérieurs et des relations émotionnelles aux autres.

Nous y voilà ! On tient un bout.

Mais alors, que s’est-il passé depuis environ 2010 ? Pour qu’en un temps assez bref nous soyons si nombreux à être en malaise émotionnel, en mal d’intelligence émotionnelle, dans l’incompréhension des émotions, dans une difficulté si grande à conduire nos émotions, et à interagir émotionnellement avec les autres ?

Et si le problème venait du fait qu’on est trop étrangers les uns des autres et dans des situations aussi changeantes qu’exigeantes ?

Il faut creuser ! Je prends ma pioche, on y va ?

C’est Historique ! car too much d’un coup is too much d’un coup ! Mais de nos jours on a du mal avec la critique, même constructive.

Le problème du « toujours parler positif » aussi mièvre qu’obligatoire, c’est qu’il empêche de comprendre les sources d’un malaise, puisque regarder droit dans la réalité historique, est considéré comme : négatif – pas cool – fatigant - pas bien. Mais à force de mettre tous ses mégots sous le paillasson, il se soulève et on ne peut plus nier le problème. Il est alors positif de pointer le problème, plutôt que de continuer à entasser dessous un paillasson qui ne tient plus au sol.

 

Défi : Je vais essayer de brosser le contexte historique en quelques paragraphes.

 

Dans quel contexte d’époque apparaît cette « intelligence émotionnelle » ? qui vient comme par coïncidence en même temps que d’autres sujets similaires dont je parlerai dans d’autres articles : « l’anxiété sociale », « la compétence sociale ».

Le basculement :

Eh bien, c’est dans un contexte d’époque où, en occident, nous consommons le divorce d’avec la société traditionnelle, nous sommes désormais pleinement dans la société post-traditionnelle, c’est-à-dire le monde d’après la société religieuse et nationale avec frontières, qui régulait les rapports sociaux, la vie à l’échelle de la famille, de la terre, du culte, du village, de la région.

Perte des anciens repères et puis quoi ?

C’est un long processus révolutionnaire, depuis 1789, la fin des royaumes et du droit Divin. Toutes les guerres et révolutions qui s’en sont suivies. Les instances religieuses, politiques anciennes, économiques anciennes, ethniques anciennes, ont été longuement combattues, détruites ou significativement détruites, jusqu’à arriver dans les années 2000 à la fin de ce processus, et à partir de 2010 la fin, et le départ vers un autre modèle libéralisé, globalisé, technocratique, et informatisé, encore plein de points d’interrogations.

N’oublions pas que le Stoïcisme antique, qui est une philosophie d’aide psychologique, ancêtre de « l’intelligence émotionnelle » et de la gestion des émotions, est né dans un contexte de grands troubles et changements politiques, sociaux, d’insécurités, d’adversité.

Tant de bouleversements d'un coup :

Dans un même laps de temps, pour ce qui nous concerne, il y a eu le bouleversement économique et politique de la mondialisation accompagnée des nouvelles technologies planétaires de l’information, de cette nouvelle forme de guerre qu’est le terrorisme et les mesures sécuritaires drastiques et appliquées à tout le monde, les privatisations, la mobilité migratoire des personnes et de groupes de personnes, l’explosion de la famille nucléaire, des médias et réseaux sociaux virtuels, la liberté sexuelle et la courte durée des couples, l’athéisme généralisé, le multiculturalisme et le mélange des genres, qui, eux maintenant conditionnent nos rapports sociaux. Il faut être fou pour croire que de tels phénomènes pouvaient être sans incidence sur la vie mentale des individus.

 

Ouf ! défi remporté ! mais alors comment ressort l'humain au travers de ce processus historique ?

 

D’après bien des analystes, l’homme n’est pas fait pour vivre dans un hypergroupe comme un Etat pour des millions de personnes et encore moins à échelle mondiale. L’homme est fait pour vivre en tribu.

 

L'émotion globalisée !

L’explosion des moyens technologiques a propulsé l’homme de la tribu dans un monde anonyme, individualiste, dont le pouvoir est opaque derrière une démocratie qui est ce qu’elle est, à hyper-échelle, hyper-rapide, hyper-complexe et plein de gens et situations différentes, étrangères, compliquées, un système hyper-légalisé en même temps que libéralisé, massification de l’information accessible, l’hyper-excitation sexuelle dans les contenus médiatiques et les modes créant la frustration car bien peu nombreux sont ceux qui peuvent avoir les moyens et le temps de s’adonner à autant de niveau amoureux.

C’est comme si notre état mental, notre fonctionnement biologique et psychologique, n’avaient pas eu le temps de s’adapter, et notre cerveau limbique et cerveau reptilien, notre moi animal profond, vit dans un monde qu’il ne connaît pas et pour lequel il n’est pas fait !

Entre mondialisme et tribu, les émotions balancent :

Mais comme le disait Michel Maffesoli dans son livre Du nomadisme, en 1997, la tribu n’est pas morte, loin de là. Bien au contraire, l’évolution semble confirmer sa prévision d’avant 2000, que le monde va vers une gestion technocratique mondialisée tout en abritant une foule de petites tribus sociales, culturelles… où l’individu choisit son groupe d’appartenance au gré de ses désirs. Même si je ne partage pas cet idéalisme bourgeois qui fait comme si le peuple, gilet jaune au smic, sans moyens financiers et sous contrôle pouvait s’adonner à l’hédonisme nomade et avait le choix, mais enfin l’idée correspond tout de même à des phénomènes tangibles qu’on peut retrouver dans la société nouvelle que nous découvrons et faisons petit à petit, et le simple mot « multi-culturalisme » confirme le « multi-tribus ».

Ne vous inquiétez pas, on est toujours dans le sujet de « l’intelligence émotionnelle ».

Je suis juste en train de dépeindre son décor social pour mieux la cerner. Bonne lecture pour ceux qui lisent encore à ce stade, j'espère que vous appréciez !...

 

Le mot tribu sonne archaïque, pas progressiste, trivial, presque animal, sauf que nous sommes aussi des animaux, et toutes ces idées progressistes de « mélange », « mixité », « vivre ensemble », « rencontre de la différence », « tolérance de l’autre », bien que pleines de bonnes intentions s’il en est, et malgré la répétition de ces termes, n’ont pas pu éradiquer le profond instinct tribal de l’humain, son besoin psychologique fondamental d’appartenir et d’échanger avec une tribu identifiée, un clan, ou en termes plus civilisés : un cercle social déterminé. Mais un cercle est bien un cercle : un circuit fermé. Comme une cellule du corps, il peut prendre et échanger avec son environnement mais il fait en sorte de garder son identité, de refermer ses cloisons, sans quoi il ne serait plus une cellule, il se désagrègerait dans l’environnement.

Même les anti-tribus sont des tribus :

Notons que même les progressistes militants se regroupent en tribus ; écologistes, bobos, anti fachistes, associations, collectifs culturels, fermées à la différence d’opinion ! aux intrus. Mais c’est naturel, tout va bien ! tout groupe humain se cimente selon des valeurs spécifiques qui ne peuvent cohabiter avec d’autres valeurs. Il est convenu de vanter la mixité, mais il est amusant de ne plus écouter ce qui se dit, et de constater ce qui se fait. Ces mêmes personnes qui dans leur vie sociale personnelle s’entourent que de personnes qui pensent, fonctionnent, se comportent comme eux. C’est avec ces personnes qu’ils sont émotionnellement connectés à eux-mêmes et aux autres. Et c’est normal.

Ce sont des Tribus. Plus ou moins complexes. Des cercles sociaux bien déterminés.

Que sont tous ces : syndicats de patrons, équipes de foot, syndicats de travailleurs, associations truc muches, corporations, fêtes de village, religions, partis politiques, communautés ethniques, cultures, lignes éditoriales, groupes sociaux, comités, collectifs ? Des cercles sociaux, c'est naturel, et c'est là que se trouve l'intelligence émotionnelle collective, dans un certain collectif. L'intelligence émotionnelle individuelle est très limitée.

La société elle-même pose les règles de l'émotion :

La société est elle-même un régulateur des émotions individuelles et collectives, par ses permissions et ses interdits. Dans certaines sociétés on pleure ostensiblement les morts avec lamentations, chez d’autres on festoie le jour des funérailles pour conjurer la peine, et pour d’autres c’est la grande retenue des émotions. Dans certaines sociétés on fait éclater le conflit en public au moment où il éclate, et dans d’autres on diffère l’explosion et on exprime le conflit à l’écart. Dans certaines sociétés on éclate de rire en public, et dans d’autres la joie doit être retenue en public. Notre société multiculturelle et multi tribus sociales, génère une grande difficulté. C’est qu’on passe d’un milieu avec ses codes à un autre milieu avec d’autres codes dans une même journée, et parfois dans le même lieu ! Comment communiquer, stabiliser des relations dans un tel bigarrement social ?

Pas d'intelligence émotionnelle dans un groupe trop différent ou d'intérêt divergeant :

Comment communiquer avec des individus qui n’ont pas nos codes de communication surtout dans les milieux professionnels où les personnes ne sont pas choisies mais imposées, qui sont de passage, ou bien nous-même sommes de passage, avec qui on ne partage pas les mêmes valeurs, qui ont été élevés dans des familles et environnements très différents des nôtres et où nous devons interagir dans des environnements, complexes, changeants et voire stressants ? C’est tout bonnement impossible. Il n’y a pas à culpabiliser de ne pas arriver à communiquer et se connecter émotionnellement dans un tel contexte. C’est pour cela que l’informatisation essaye de systématiser et automatiser nos échanges, pour qu’on se passe de la relation humaine devenue impossible dans un tel éclatement des rapports sociaux.

Sauf que plus les relations sont virtualisées, et l’environnement humain étranger à nos codes sociaux, plus cela aggrave l’incompréhension émotionnelle : nous manquons donc « d’intelligence » émotionnelle, que je préfère appeler « la compréhension ou l’incompréhension émotionnelle » par manque de similitude avec ses semblables et manque de stabilité de l’environnement social.

Car derrière tous ces automates, ces systèmes virtuels, il y a toujours l’humain, et tôt ou tard, en individuel ou en réunion, en parole ou « par texto, mail », la relation humaine se passe, avec ou sans compréhension mutuelle émotionnelle. Pour le meilleur ou le moins bon.

De ce que j’ai pu saisir de ce problème, c’est qu’il est inutile d’essayer de se trifouiller la tête et le cœur, de soi et des autres, en espérant que les vessies deviennent des lanternes, que les loups fassent copains avec les chèvres, que les bœufs grimpent aux arbres.

Dans un environnement social cohérent l'intelligence vient naturellement :

Il n’y a rien de plus naturel que les émotions, et le fonctionnement émotionnel dépend de notre niveau de similitude avec l’environnement social où nous interagissons. Si c’est le cas, alors la « gestion » des émotions se fait naturellement, parfois il y a besoin de réguler ses émotions ou celles du groupe par certains biais, mais cela se trouve promptement, parfois par les leaders du groupe, et non pas dans une individualité isolée et étrangère à un milieu et qui essaye de manipuler son monde intérieur dans le vain but de vivre une vie sociale dont les conditions ne sont pas réunies.

Le problème peut aussi très bien venir d’oppressions extérieures, ou d’intérêts divergents et non pas de « notre façon de gérer ses émotions ».

Individualiser pour éviter l'effet Gilets-Jaunes :

Lorsque j’ai vu les contenus vidéos sur internet au sujet de l’intelligence émotionnelle, c’était vite frappant qu’elle est particulièrement relayée dans les milieux professionnels, le travail, l’entreprise. Avec même des gourous consultants, payés grassement, par les entreprises, les patrons, pour prêcher l’intelligence émotionnelle, utilisée dans le management. Approche individualiste, qui tend à dédouaner le système dans lequel est pris l’employé, à le considérer comme un atome sans contexte, qui vit son travail non pas de la façon dont est structuré le pouvoir, les conditions de travail, et la répartition des intérêts, mais seulement à sa capacité à être intelligent émotionnellement. Cela fait culpabiliser l’employé, qui fait alors de-par lui-même de plus en plus de contorsions mentales pour s’adapter émotionnellement à des logiques oppressantes, et cela lui fait croire que la solution à ses problèmes est ailleurs que dans le syndicalisme, les stratégies de pouvoir, la dynamique des groupes, les compatibilités d'humeur, la connivence sociale...

ARRETER DE SUREVALUER SES CAPACITES D’ADAPTATION ET DE CULPABILISER DE SES EMOTIONS.

Ce n’est même pas forcément sain de s’adapter selon les situations. Il n’y a rien de mal à vouloir être avec des gens qui nous ressemblent.

 

Idées ? Pistes ?

 Trouver un milieu professionnel et privé qui nous ressemble, avec des gens qui nous ressemblent, et dont l’environnement est généralement stable.

Ce n’est pas vrai que le monde du travail doit être un endroit froid et impersonnel, au contraire. Bien que le droit du travail doit avoir le dernier mot et régir les rapports, il vaut mieux se lier de sympathie, voire d’amitié avec ses collègues de travail, malgré les conflits, les intérêts qui peuvent diverger. A chacun d’être judicieux dans la façon d’opérer en restant professionnel. Si on a choisi un milieu pro qui nous ressemble il devient très naturel de se lier d’amitié avec nos semblables travailleurs, tout en travaillant.

De préférence un milieu professionnel où la culture du métier est la même ou très proche de son milieu personnel, de ses valeurs. Par exemple : de gauche ou de droite, sportif ou pantouflard, voyageur ou sédentaire, entreprenant ou routinier, intellectuel ou simplet, bourgeois ou populaire, traditionnel ou progressiste, artiste ou conformiste, aimant la nature ou l’urbain ou aimant les deux, prenant soin de l’apparence physique ou apparence plate. Tout cela indique des valeurs, des centres d’intérêts où la communication du langage verbal et non-verbal, chargé d’émotions, pourra circuler.

Ne pas s’encombrer de membres de la famille, même élargie, avec lesquels il y a incompatibilité, qui insupportent, qui desservent. Ce sujet des réunions familiales est tellement cocasse qu’il a donné lieu à tant de sketchs, de films, de livres, de discussions. Dans notre monde libéral il y a aussi des avantages, on peut aujourd’hui ne pas subir certaines situations sociales privées et en choisir une autre. Selon les cas ce n’est pas forcément évident, mais la possibilité existe si on prend le temps et la façon de se ménager une direction sociale.

Ne pas s’encombrer « d’amis » de fortune avec qui on n’a pas une vraie connexion naturelle et originale, où on doit avaler des couleuvres. Il faut bien choisir ses amis pour que la nature fasse émotion en nous ! Donc, s’entourer au maximum de gens comme soi, sur le plan des codes sociaux, des valeurs morales, des objectifs, et les différences doivent être superficielles et périphériques, ce qui peut même donner un charme comme un grain de beauté.

Au niveau du quartier, choisir un environnement de voisins similaires à soi, autant que possible.

Viser la stabilité des situations. Non pas à l’extrême. Non pas fuir les changements et évolutions, mais c’est le noyau, qui doit rester stable. Une équipe militaire ou une équipe de foot, doit faire face aux différents adversaires et adversités, aux changements de situations. Mais la cohésion d’équipe, elle, doit être très stable. Il en va même de leur survie, ou victoire.

Driver ses émotions par l’action et ses objectifs clairs, désirés, en bonne intelligence, et assumés.

 

Une critique de la critique ? Une piste à explorer sur ce sujet ? Exprimez-vous en commentaires.

Réda

A la base je voulais être un dictateur de l'enchantement du monde, après avoir combattu et vaincu les faiseurs de ténèbres derrière leur masque de "bonté".

Puis, comme elle le fait à tous, la vie m'a rendu plus humble, et j'ai alors décidé d'être le PDG de Jakadibio, pour me consoler !

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